Entretien avec Lydia Courteille

Entretien avec Lydia Courteille

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Lydia Courteille : Bracelet 18 K Or rhodié noir 109.64 grs, rubis 3.78 cts, diamants noirs 14.5 cts, diamants bruns 1.1 cts, 25 tsavorites 0.08 grs; copyright Lydia Courteille, actualités bijoux

Lydia Courteille fait partie des créatrices de bijoux  contemporains reconnues. Lorsque l’on pénètre dans sa boutique qualifiée à juste titre de cabinet de curiosités, sise Rue Saint Honoré à Paris, on ne sait plus où donner de la tête. Les vitrines regorgent de créations aussi audacieuses que spectaculaires. On est étourdi. Pourtant Lydia Courteille prend un soin infini à répondre à nos questions.

– Lydia, comment avez-vous été amené à créer des bijoux alors que vous étiez au préalable biochimiste ?

–  Après mon parcours dans le médical, j’ai été antiquaire et continue à collectionner des bijoux vintage que je vends encore aujourd’hui à côté de mes propres créations. Ce goût du Beau associé, à ma passion des pierres insolites, qui remonte à ma plus tendre enfance même si à l’âge de huit ans je ne collectionnais que des fossiles, m’ont conduit à monter ultérieurement des pierres gemmes, bien sûr excessivement plus précieuses, que des clients m’ont apportées ainsi que celles de ma propre collection. Ces premiers bijoux ont immédiatement plu à Fred Leighton qui les a achetés. La reconnaissance d’une personne au goût si parfait, m’a conforté à poursuivre dans cette voie, d’autant plus qu’à l’époque, je ne trouvais jamais de bijoux aux volumes suffisamment imposants à mon goût.

 

– En détaillant les bijoux que vous nous présentez, on perçoit que votre imagination n’a pas de limites. Comment naît ce foisonnement d’idées aussi originales que percutantes ?

Difficile d’analyser son propre cheminement intellectuel ! Je peux construire une collection à partir d’une couleur de pierre inhabituelle qui me fascine. Ainsi quand j’ai ramené des turquoises vertes du Turkménistan, j’ai réfléchi à ce qu’évoquait pour moi cette teinte si forte. Une image m’est venue  instantanément à l’esprit : la forêt amazonienne. Je l’ai alors déclinée, dans ma série de bijoux « Amazonia » avec des combinaisons de feuilles, fleurs, perroquets et autres insectes en associant cette fameuse turquoise à des grenats verts et des diamants couleur champagne ou cognac. Mes idées peuvent également jaillir d’un tableau comme la bague «  Archiboldo » que j’ai été la première à créer en 2006. Ou encore d’un livre, d’un événement, d’un rite, d’un endroit, de mes souvenirs d’enfance…… Ce qui est intéressant, c’est d’imaginer des bijoux que d’autres designers n’osent pas concevoir et de provoquer une émotion. Vous savez, ma préoccupation actuelle n’est pas d’être à court idées, mais plutôt de ne pas être plagiée.

– Expliquez-nous alors la récurrence de représentations de têtes de mort, de singes et de serpents dans vos différentes collections ?

– La présence de ces trois figures relève de l’affect ou de l’esthétisme pur, parfois des deux. La tête de mort remonte à mes souvenirs d’adolescente. A l’âge de 15 ans, l’un de mes beaux-frères a suspendu un crâne trouvé dans un cimetière dans un arbre, en guise de clin d’œil à la carrière para-médicale, vers laquelle je me dirigeais à l’époque. Nullement, effrayée, je me suis mise à regarder ce crâne, avec fascination. Des années plus tard, alors que j’étais antiquaire, Nathalie Rheims m’a encouragé à décliner une tête de mort en bijou. Le destin, un concours de circonstances. J’ai osé alors que Codognato était le seul à en créer à ce moment-là . Cela a eu un tel succès que le motif de la tête de mort est devenu partie intégrante de ma signature. Les serpents et les singes sont eux, très graphiques. Il est toujours intéressant de transformer leurs gestuels en bijoux qui donnent lieu à de multiples interprétations artistiques aussi agréables à porter, qu’ à visualiser. Le singe évoque aussi pour moi un côté auto-dérisoire, une piste de recherche et une ressource pour l’Homme. Bien que je ne sois pas généticienne, j’ai toujours retenu la phrase de mon père qui me disait lorsque je faisais une bêtise : «  le singe descend de l’homme »!

– Pouvez-vous nous en dire plus sur votre processus créatif ?

– Je me documente toujours beaucoup, comme pourrai le faire un ethnologue. Par exemple, pour la dernière collection Scarlett Empress, j’ai lu tout ce qui concernait Catherine de Russie. Je me suis rendue en Russie. Je me suis intéressée à l’histoire des tsars. Et j’ai visité le musée du Kremlin pour mieux m’immerger dans la vie de cette grande figure féminine. Ce travail de recherches que je réalise avant chaque collection, est tout à fait passionnant. Dans un carnet dont je ne me sépare jamais, j’écris des annotations, colle des photos et dessine des croquis lisibles. Cela n’a pas été facile d’arriver à transmettre des graphismes aussi compréhensibles à Armelle, la dessinatrice professionnelle avec laquelle je collabore. Combien de formations et de cours du soir n’ai-je pas suivis ! Pour ce qui est de la réalisation, je fais appel aussi bien à des ateliers qui travaillent pour la place Vendôme, qu’à d’autres ateliers à travers le monde.

Quel cheminement Lydia ! Votre talent a été consacré au début de cette année, puisque le Musée des Arts décoratifs  a choisi d’exposer l’une de vos bagues qui représente une croix émaillée. Comment vivez-vous cette reconnaissance ?

 –Vous savez, on ne recherche pas le talent. Le talent vous tombe dessus !  Les croix sont indissociables du christianisme même si je suis agnostique. C’est l’un des symboles les plus anciens et les plus universels. Gravées dans la pierre ou le métal, ornées d’une riche décoration ou sobrement dessinées, les croix sont présentes dans le monde entier. Je les ai peut-être mises en scène autrement que ce qui avait déjà été traité. Je peux  agrémenter la croix latine de roses serties de rubis, tsavorites et diamants cognac. Comme je l’ai trouvée à l’état naturel à travers une branche de corail que j’ai montée avec une tête de mort parée de diamants en guise de pendentif, ou la détourner de sa position initiale pour la positionner à l’envers sur une bague en or blanc ornée de diamants. Enfin la croix peut représenter une pierre tombale, dans un contraste saisissant d’or rhodié et de rhodolites que l’on peut ouvrir à son doigt, et s’embellir aussi de fleurs en émail. Ce thème est  inépuisable.

 

  

Caroline Bigeard-Duchatel 

 

 

Caroline Bigeard
Caroline Bigeard
Éditrice de Bijoux et Consultante Haute Joaillerie; Jewels Editor and Jewelry Consultant
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